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21 août 2026

Matières premières exportées brutes, produits finis réimportés : la SADC en a assez

Ramaphosa dénonce à Durban les mécanismes coloniaux qui maintiennent l'Afrique dans la dépendance économique.

Le minerai part. La batterie revient. Ce cycle, aussi vieux que la relation entre l'Afrique et ses anciens colonisateurs, demeure l'architecture économique réelle du continent, quelle que soit la rhétorique des sommets. C'est dans ce cadre que le président sud-africain Cyril Ramaphosa a pris la parole lors du Sommet de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) à Durban, livrant une conférence spéciale sur les arrangements structurels qui maintiennent les économies africaines en position subordonnée dans les chaînes d'approvisionnement mondiales. Le discours n'était pas particulièrement neuf dans ses grandes lignes. Ce qui mérite attention, c'est qu'il a été prononcé avec une précision inhabituellement directe sur les mécanismes concrets du problème, non sur ses seules métaphores. Ramaphosa a situé l'origine de la situation dans une logique coloniale délibérée, non dans un simple héritage passif. "Le colonialisme n'a pas seulement conquis nos peuples et occupé nos terres. Il a délibérément fragmenté notre région. Il a divisé les communautés, séparé les producteurs des marchés et construit des systèmes de transport conçus pour acheminer les matières premières de l'Afrique vers des rivages lointains, plutôt que pour connecter les économies africaines entre elles", a-t-il déclaré. Cette fragmentation, a-t-il soutenu, n'est pas un vestige du passé. Elle opère aujourd'hui, limitant les échanges intra-africains et affaiblissant le poids collectif du continent face aux économies plus riches. L'enjeu concret apparaît le plus clairement dans la question minière. L'Afrique détient une part substantielle des minéraux critiques que la transition énergétique mondiale réclame avec urgence, et ces ressources traversent pourtant les frontières africaines à l'état brut, alimentant une révolution industrielle qui se déroule ailleurs. "Nous exportons le minerai et nous importons la batterie. Nous alimentons une révolution industrielle qui se passe quelque part d'autre, et nous achetons ensuite ses produits à un prix fixé par d'autres. Nous devons utiliser nos propres ressources pour mener notre propre révolution industrielle", a dit Ramaphosa. La formule est sèche, mais elle résume une réalité que des décennies de rapports économiques n'ont pas réussi à rendre plus visible que ces deux lignes. Les conséquences pour les citoyens ne sont pas abstraites. Moins d'emplois industriels, des recettes publiques comprimées, une capacité réduite à financer les soins de santé et les infrastructures. Ce sont des effets qui se lisent dans des budgets nationaux réels, pas dans des projections théoriques. Plusieurs gouvernements africains ont déjà introduit des politiques visant à encourager la transformation locale et à réduire la dépendance aux exportations non transformées. Convertir la richesse en ressources en capacité manufacturière, en emplois et en croissance durable suppose une politique industrielle coordonnée, des investissements dans le commerce régional, ainsi que les infrastructures et les compétences nécessaires à une production à plus haute valeur ajoutée. La volonté politique se manifeste. La cohérence institutionnelle dans la durée reste l'épreuve plus difficile. Par ailleurs, la poussée pour l'indépendance économique rejoint une campagne renouvelée pour des réparations liées à l'esclavage et au colonialisme. L'Afrique du Sud a soutenu ces appels aux côtés du Ghana, qui a accueilli un sommet sur la question à Accra en juin et s'est imposé comme une voix centrale dans la campagne de l'Union africaine sur les réparations. La ministre à la Présidence Khumbudzo Ntshavheni a formulé l'argument sans détour: "Les Juifs ont été indemnisés pour l'Holocauste, mais les Africains n'ont pas été indemnisés pour la traite des esclaves et les effets du colonialisme. Les Africains méritent non seulement une reconnaissance des torts qui leur ont été causés, mais ils méritent d'être compensés." Le rôle du Ghana dans ce dossier porte un poids historique particulier. Le pays fut l'un des principaux points de départ de la traite transatlantique, avec des millions d'Africains embarqués depuis cette région vers les Amériques. Première nation d'Afrique subsaharienne à avoir accédé à l'indépendance, le Ghana s'est longtemps positionné comme un pilier du panafricanisme. Le ministre ghanéen des affaires étrangères Samuel Okuzeto Ablakwa a inscrit l'engagement actuel de son pays dans cette continuité, soulignant que le Ghana avait prouvé "qu'il est possible de lutter contre la puissance impériale, et de gagner." Le cadre politique qui encadre ces ambitions comprend la Vision 2050 de la SADC et l'Agenda 2063 de l'Union africaine, tous deux orientés vers l'industrialisation, l'intégration régionale, le développement des infrastructures et l'amélioration du niveau de vie. Ces documents ne sont pas purement cérémoniels (ils portent directement sur l'emploi, l'accès aux soins et la sécurité économique quotidienne de millions de personnes). La question qui définira les prochaines années est simple à formuler, difficile à résoudre: les déclarations politiques se traduiront-elles par une coordination soutenue sur le développement industriel et les infrastructures régionales? Pour les communautés situées au-dessus des gisements miniers, la réponse déterminera si la richesse du sous-sol génère une prospérité locale ou continue de circuler vers l'extérieur, laissant peu de traces là où elle a été extraite.