28 août 2026 · Kwame Osei
Génération Z à Tana exige la dissolution de l'Assemblée avant septembre 2026
Des jeunes Malgaches fixent une échéance précise aux institutions, invoquant un anniversaire de mobilisation populaire.
Attendre qu'une demande politique s'étiole d'elle-même est une tactique commode. À Madagascar, elle rencontre ses limites.
Une vingtaine de jeunes habitants d'Antananarivo, se réclamant de la génération Z, ont publié cette semaine sur les réseaux sociaux un appel formel à la dissolution de l'Assemblée nationale avant le 25 septembre 2026. Ils ont également transmis cette demande par écrit à la Présidence et à la Primature. Ce n'est donc pas un simple bruit en ligne. C'est une prise de position structurée, adressée à des institutions identifiées, assortie d'une date et d'une justification. Le verdict tient en une phrase : « Les députés ne représentent plus le peuple. »
La date du 25 septembre n'est pas choisie au hasard. Elle marquera le premier anniversaire du début de la mobilisation populaire contre l'ancien président Andry Rajoelina. Pour ces jeunes, le rappel est délibéré : la rue avait exprimé quelque chose, et les institutions n'en ont conservé presque aucune trace.
Ce que le public observe depuis des mois, c'est un spectacle parlementaire peu propice à la confiance. Sur les 163 sièges de l'Assemblée nationale, 84 avaient été remportés en mai 2024 sous les couleurs de la coalition Irmar, la formation d'Andry Rajoelina. Une partie de ces mêmes élus a voté une motion d'empêchement contre leur propre leader le 14 octobre 2025, avant de rejoindre, quelques semaines plus tard, une plateforme de soutien au régime de transition. L'opération a été suivie par des citoyens qui savent exactement ce qu'ils ont vu.
L'Assedu-Mada, l'une des principales organisations étudiantes du pays, a relayé l'appel, lui donnant une portée qui dépasse les seuls initiateurs. Un membre du mouvement formule la critique de manière plus large : « Quel que soit le régime en place, l'Assemblée nationale est chroniquement inutile et toujours à la solde du pouvoir exécutif. » Ce n'est pas une attaque contre des personnes. C'est un diagnostic sur une institution dont le comportement répété a fini par composer son propre portrait.
La voie juridique, elle, est fermée. Le parti Kintana avait saisi la Haute Cour constitutionnelle en vue d'obtenir une dissolution. La requête a été jugée irrecevable le 26 août 2026. La dissolution n'appartient donc, en droit, qu'au chef de l'État, Michaël Randrianirina.
Le lendemain de ce rejet, le 25 août 2026, s'ouvrait une session extraordinaire de l'Assemblée nationale, convoquée pour examiner sept projets de loi. Son président, Siteny Randrianasoloniaiko, a pris la parole en défendant le bilan de l'institution : travaux des commissions parlementaires, investigations sur l'usage des deniers publics sous le précédent régime, enquêtes sur la Jirama, la société nationale de production et de distribution d'eau et d'électricité. Ces éléments constituent sa réponse publique à ceux qui jugent la chambre inerte.
Il y a cependant une autre dimension à cette histoire. Selon un analyste politique cité par RFI (www.rfi.fr/fr/afrique/20260828-madagascar-des-jeunes-appellent-a-la-dissolution-de-l-assemblee-nationale-son-president-defend-son-action), une dissolution serait « redoutée par Siteny car il n'existerait plus politiquement sans son réseau de députés ». Une rivalité croissante entre le président de l'Assemblée et le chef de l'État est mentionnée, dans le contexte d'une élection présidentielle prévue au plus tard à la fin de l'année 2027. Ce que le public perçoit comme un débat sur la représentation nationale est aussi, à un autre niveau, un calcul de positionnement entre acteurs qui regardent vers la prochaine échéance.
C'est précisément ce décalage qui nourrit la défiance. Les citoyens sont informés des projets de loi examinés en session extraordinaire. Ce qu'ils ne sont pas toujours en mesure de peser, faute de transparence suffisante sur les motivations réelles, c'est dans quelle mesure ces travaux répondent à leurs besoins plutôt qu'aux équilibres internes du régime de transition.
Les jeunes d'Antananarivo qui ont lancé cet appel ne demandent pas grand-chose en apparence. Ils demandent que leurs représentants le soient réellement. Que Michaël Randrianirina choisisse d'agir ou non avant le 25 septembre, la demande est désormais consignée par écrit et adressée aux bonnes adresses. La question qui reste ouverte est simple : combien de sessions extraordinaires faudra-t-il encore pour que l'institution convainque ceux qui, eux, comptent les jours ?